Présentation

logo-20DLV.jpg Des Livres et Vous est une association qui vise à populariser la littérature à l’EDHEC. Elle n’existe que depuis quatre ans, mais il existe toutefois une tradition littéraire dont elle se fait l’écho, puisque Yves Navarre, EDHEC 1964, remporte le prix Goncourt pour Le Jardin d’acclimatation en 1980. D’ailleurs, l’événement majeur lui est dédié, puisqu’il s’agit de l’organisation d’un prix littéraire : le prix Yves Navarre. Celui-ci est réservé aux petites et moyennes maisons d’édition et a pour but de faciliter la connaissance du grand public pour des œuvres peu mises en avant du fait de l’influence moindre de leurs éditeurs. L’association réalise une newsletter imprimée qui est distribuée au sein de l’EDHEC et une émission de radio en partenariat avec Radio’ED (http://www.radio-ed.com/). Ces émissions sont articulées autour de différents thèmes tels que les mangas, la fantaisy, la mer, l’alcool, l’utopie littéraire ou des auteurs, comme Montherlant, Céline ou Paul Auster. Une autre activité est la mise à disposition de la bibliothèque qui compte plus de 700 ouvrages de différents genres (du roman policier aux BD, en passant par les thrillers et Balzac). L’association envisage la réalisation de nombreux projets pour l’année prochaine, dont un guide des librairies lilloises et des ateliers d’écriture de nouvelles.

Voici ci-dessous les articles des différentes newsletters déjà publiées (NL1,2,3 et 4). 

Bonne lecture !
  

Vendredi 22 juin 2007
resize.jpg Belle de jour, Joseph Kessel
 
Né en argentine d’une famille juive russe fuyant les persécutions, rien ne prédestinait Joseph Kessel (1898-1972) à devenir l’un des plus grands auteurs français du vingtième siècle. Il est l’inventeur du métier de reporter écrivain et l’auteur de nombreux romans d’aventures initiatiques. Le parolier du Chant des partisans est élu à l’académie française en 1962.

Séverine est l'épouse d'un jeune interne des hôpitaux avec lequel elle n'a jamais ressenti de véritable plaisir. Un des amis du couple, play-boy amateur, lui donne un jour l'adresse d'une maison clandestine. Troublée, Séverine ne résiste pas à l'envie de s'y rendre et devient rapidement la troisième pensionnaire de Mme Anaïs. Elle y est appelée Belle de Jour car ses visites surviennent chaque après-midi entre deux et cinq heures.

Roma, atypique parmi l'oeuvre de Kessel, car ce n'est pas un roman de l'évasion ou du voyage, Belle de Jour est probablement son ouvrage le plus troublant, le plus difficile, mais également le plus essentiel.
En effet, ici, le voyage n'est pas géographique mais physique, et la souffrance viscérale et l'amour qui se dégagent de ce chef-d'oeuvre sont tout à le fois pathétique et merveilleux.

Au delà d'une prose magistrale et intemporelle, Joseph Kessel met ici son talent de psychologue au service de la description de la difficulté d'aimer longtemps, du fossé qui se creuse entre l'éros et l'agapè, sans pour autant qu'aucun ne s'érode. Kessel nous plonge au coeur de nos paradoxes les plus intimes, en quête du salut, salut auquel il invitait déjà ses lecteurs:
« Serai-je le seul à comprendre Séverine? A l’aimer?»
Par Des Livres et Vous - Publié dans : Newsletter 1
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Jeudi 21 juin 2007
Biographie de Charles Bukowski
 
 
Alcoolique, misanthrope, obsédé sexuel, Charles Bukowski a tout pour plaire. Né en Allemagne en 1920, il émigre à Los Angeles où ses parents souhaitent faire fortune. Son éducation n'en n'est pas moins réglée à la prussienne : taloches et coups de lanière rythment son enfance et son adolescence qui s'achève enfin lorsque, complètement ivre, Charles met son père ko.
 Postier, magasinier, employé de bureau, ouvrier, il exerce une foule de petits boulots dont il se fait toujours virer prestement. Pour échapper à un univers qui le rebute autant qu’il le fascine, il boit et court les femmes. Il n'est pas exagéré d'affirmer qu'il a vomi ses tripes dans tous les bars de Los Angeles'.
 À cinquante ans, il devient poète, romancier, chroniqueur et nouvelliste. Ses titres reflètent assez bien ses préoccupations principales: Women, Mémoires D'Un Vieux Dégeulasse, Érections, Ejaculations, Exhibitions Et Contes De La Folie Ordinaire... Ces mots sont bien sûr à prendre au sens propre, mais aussi au sens figuré. Ainsi le terme d'"éjaculation" renvoie à l'idée d'expulsion libératrice ou d'explosion de rage et de haine déchaînée. Bukowski se défoule en laissant son imagination se vautrer dans l'ignoble. Le sordide incruste chaque phrase, et le registre fantastique de certaines de ses nouvelles ne saurait estomper cette tendance morbide si fondamentale dans son oeuvre. Cela explique en partie pourquoi les chutes de ses nouvelles nous font toujours retomber dans l'atmosphère sombre et monotone qui domine l’existence misérable des héros, héros qui reflètent souvent une facette précise de leur créateur, tel Henry Chinaski, écrivain toujours saoul en mal d'amour et de sexe. Il en devient pathétique, voire attendrissant. C’est aussi un poète dans sa façon de percevoir les gens et le quotidien, aussi sombres qu’ils puissent être.
Même si son imagination caustique et perverse constitue un ingrédient majeur, la réalité fournit la matière la plus indispensable à son œuvre. C'est en tout cas ce qu'il affirme en écrivant: "Les hôpitaux, les prisons et les putes, telles sont les universités de la vie. J'ai passé plusieurs licences". Pour lui, la rudesse de l'existence aiguise la sensibilité. "Que peut faire un poète sans la souffrance ? Il a autant besoin d'elle que d'une machine à écrire". Bukowski méprise les gens trop aisés sur qui la réalité glisse sans les atteindre, les laissant ignorants et creux, incapables de penser le monde. Il se souvient du temps où il allait lire ses poèmes dans les facs. Un jour, il a trouvé les étudiants si cons qu'il a arrêté sa lecture et s'est mis à leur poser des questions puis à les couvrir d'insultes.
Bukowski n'a donc rien du joyeux luron sociable qui rit, mange et boit en bonne compagnie. L'alcool est plus un moyen de supporter la bêtise humaine. C’est aussi et surtout un carburant idéal pour écrire. Enfin... c'est surtout vrai pour la bière, que Bukowski n'assimile pas à de l'alcool en général: "La bière, ça ne donne pas de rushes comme l'alcool, et ça tient compagnie toute la nuit. Le problème avec les joints, c'est que tu te marres et que tu arrêtes d'écrire". Il peut ainsi rester plusieurs jours d'affilée à écrire et à boire au milieu d'une chambre jonchée de cadavres de bouteilles. Il ne sort que pour partir à la recherche d'un magasin de spiritueux qui acceptera de lui faire crédit de plusieurs bouteilles de whisky, de bière et de porto. La boxe et les courses de chevaux l'intéressent aussi. Mais ce qui le tire le plus efficacement de son travail d'écriture, ce sont les femmes, qu'il choisit souvent "au bord de la déglingue finale".
Bukoswki semble éprouver beaucoup de volupté face à la déchéance. Naturellement, il s'arrange pour en faire profiter son lecteur. Aucun détail ne lui est épargné, pas même lorsqu'il va aux toilettes. Pourtant, ces nécessités de la vie sont généralement considérées comme trop insignifiantes pour avoir le droit d'apparaître dans un livre. Même la téléréalité les contourne. Si de nombreux auteurs comme Flaubert se sont auparavant évertués à décaper l'insignifiant pour le mettre en évidence, peut-on aujourd'hui le réintroduire dans la littérature sans péril ? C'est pourtant une tendance très courante de la littérature postérieure à la seconde guerre mondiale dont les absurdes atrocités n'ont plus permis à l'homme de continuer à croire à l'idée que le monde possède un sens. La perfection classique n'a donc plus de raison d'être. Cependant, l'idée de perfection existe encore sous une autre forme. Désormais, l'œuvre ne cherche plus à satisfaire les exigences extérieures, mais à s'accomplir intérieurement, en respectant une cohérence interne. C'est ce que fait Bukowski en insérant dans son oeuvre les nombreux moments de la vie passés sous silence dans les narrations habituelles. Comme tout véritable auteur d'autofictions, il cherche à transmuter le matériau de l'existence en valeur. Paul Valéry résume très bien cette même idée en écrivant dans ses cahiers: "Ma vie n'a rien d'extraordinaire mais ma façon d'y penser la transforme". Et si ses histoires puent, c'est parce que celles des autres sentent bon: contrairement aux auteurs habituels qui enjolivent et retranchent certains éléments de leur existence, Bukowski se contente de récolter la réalité brute pour en faire la pâte d'une création signifiante.

M.G.
Par Des Livres et Vous - Publié dans : Newsletter 4
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Jeudi 21 juin 2007
pitte-vin.gif In vino divinitas ?
 
Le Vin et le Divin est un essai de Jean-Robert Pitte visant à illustrer la relation qu’il existe immanquablement entre l’alcool et la divinité. N’allez pas croire que ce soit aride (il y est bien trop souvent question d’alcool pour que ce soit réellement le cas, me direz-vous !), il s’agit d’un ouvrage court, une petite centaine de pages qui se laisse lire comme un rosé en été se laisserait boire. Bien que l’on puisse un malheureux biais de son travail vers le judéo-christianisme – malheureux, car il y a tant à dire sur le sujet ! certains points ne manquent pas d’intérêts : le banquet (symposium) grec est en fait une vaste libation à Dionysos. Chaque verre bu est une offrande. C’est un élément que l’on retrouve également avec la bière, qui est liée au culte des dieux dans des civilisations privées du fruit de la vigne, telles que la culture celtique ou nordique. L’euphorie sacrée de l’ivresse est déformée pour les Gaulois par l’importation de vin grec : l’ivresse-assommoir est de mise.   Mais le vin, s’il est leur chute, est aussi la rédemption de bien d’autres. « Nous sommes nos propres dieux » écrit Bukowski, grand ivrogne s’il en fut. Si culte il y a, qui vénérons nous exactement ?

A.M.
Par Des Livres et Vous - Publié dans : Newsletter 4
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Jeudi 21 juin 2007
Alcools.jpg Mon verre est plein d’un vin trembleur comme une flamme

 
Parmi les vers que l'on garde en soi et que l'on se murmure de temps à autre, beaucoup, sans aucun doute, viennent des pages enchantées d'Apollinaire. C'est Alcools qui a fait la gloire du poète lorsque le recueil parut en 1913. Ce recueil est le fruit de quinze années de poésie d'Apollinaire, et annonce la quête de modernité, de jeu avec la tradition de renouvellement formel de la poésie du poète. Alcools est un recueil pluriel, polyphonique, qui explore nombreux aspects de la poésie, allant de l'élégie au vers libre, mélangeant le quotidien aux paysages Rhénans dans une poésie, à l’époque, expérimentale. « Zone » en ouverture du recueil est le manifeste de cette volonté novatrice car toute trace de ponctuation y a été supprimée pour symboliser le train de vie précipité et incontrôlable du monde moderne.
Mais pourquoi Alcools? Tout d’abord, le motif de la soif, de longue date inhérent à la part dionysiaque de la lyrique peut apparaître comme l’une des illustrations du désir poétique : « J’ai soif villes de France et d’Europe et du monde » s’exclame Apollinaire dans « Vendémiaire ». « Ivre d’avoir bu tout l’univers », le poète se figure lui-même en « gosier de Paris », porte-voix et chanteur à la fois. De plus, le motif de l’alcool établit un parallélisme entre vie et poésie qui en lui se confondent en une même intensité ou brûlure. Au dépressif enivrement des buveurs d’absinthe et des fumeurs d’opium se substitue l’idée d’une euphorique ivresse collective. L’alcool d’Apollinaire n’est plus le baudelairien « vin du solitaire ». Il rend plutôt possible une espèce d’ébriété cosmique, une inflammation lyrique, la saoulerie des « chants d’universelle ivrognerie.» 
Il est à noter que le recueil devait à la base s'intituler Eau de Vie pour s'opposer au pessimisme romantique et être un hymne à la vie.
Alcools est donc un recueil à découvrir ou à redécouvrir, sans aucune crainte d'en être saoulé !

A.L.
Par Des Livres et Vous - Publié dans : Newsletter 4
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Jeudi 21 juin 2007
Las-Exit-to-Brooklyn.jpg Un métro(politain) nommé Ivresse
 
Si vous avez vu Requiem for a Dream, vous vous souvenez sûrement de l’ambiance glauque et oppressante présente tout le long du film. La même atmosphère règne dans Last Exit to Brooklyn, et pour cause : son auteur, Hubert Selby Jr, est également l’auteur de Retour à Brooklyn, le livre qui a inspiré le film.
Last Exit to Brooklyn est le premier roman d'H. Selby Junior. Il connaît dès sa sortie en 1964 un franc succès (2 millions d'exemplaires vendus) mais suscite aussi un evive polémique (procès pour obscénité à la clef). Les mots sont en effet crus, la ponctuation est rare, la violence est omniprésente et les personnages ne sont pas franchement des enfants de coeur.
On croise tout à tour Georgette, un travesti, la prostituée Tralala
, ou encore Harry (prénom qui est présent dans la majorité des romans de Selby Jr, souvenez-vous du Harry Goldfarb de Requiem for a Dream) qui découvre sur le tard son homosexualité.
Violence, drogue, sexe et alcool peuplent la vie de ces personnages désœuvrés, et nous font voir Brooklyn sous son aspect le moins reluisant. On est bien loin du rêve américain mais on ne peut s’empêcher de suivre le parcours chaotique des personnages, et se demander pourquoi ils en sont arrivés là.
L’alcool est surtout présenté comme une manière comme une autre d’échapper à la réalité et de tuer le temps (« Il [Harry] prit place au bout du comptoir, avala deux ou trois verres et commença à se détendre. Il resta un moment à boire en attendant que sa tension s’apaise»), mais ses conséquences sont décrites sans détour avec un langage brut et des détails crus.
Last Exit to Brooklyn est donc un livre coup de poing qui fait réfléchir sur les dégâts à court et long terme d’une consommation démesurée d’alcool et de drogues.     
F.A.
Par Des Livres et Vous - Publié dans : Newsletter 4
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